icone

Violences faites aux femmes : une prise de conscience nécessaire !

[samedi 24 novembre 2018 07:38]

À travers ses compétences et ses missions dans le domaine des solidarités humaines, le Département est engagé dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Les travailleurs sociaux du Département témoignent

Assistantes sociales au centre médico-social Bacchus à Besançon, Nicole et Christine accompagnent au quotidien les usagers autour des problématiques de prévention-protection de l’enfance, budget,  logement, insertion, autonomie….

Elles sont parfois confrontées à des femmes qui leur confient qu’elles sont victimes de violences. Mais repérer certaines agressions subies peut nécessiter une évaluation plus approfondie.

Comment accueillez-vous, au sein du centre médico-social, les femmes qui sont victimes de violences ?

Christine : « Nous rencontrons deux profils de victimes. Il y a les femmes qui se présentent au centre médico-social, sans rendez-vous et qui souhaitent quitter le domicile conjugal pour fuir leur conjoint violent. Il s’agit d’une situation d’urgence. L’organisation du service prévoit la prise en charge immédiate de la personne avec une assistante sociale et un professionnel de la protection maternelle infantile. En effet, les victimes peuvent se présenter avec leurs enfants. Notre rôle est alors d’écouter la victime, et de l’amener à s’exprimer sur ce qu’elle vit, en prenant le temps nécessaire pour bien évaluer la situation. Nous cherchons également à savoir si la personne a déposé plainte et si elle dispose d’un relais familial ou amical pour l’héberger. Notre priorité est de mettre la personne en sécurité. En parallèle, nous pouvons solliciter des aides financières et / ou alimentaires pour pallier à l’urgence. »

Nicole : « Si la victime n’a pas de solution d’hébergement, nous avons différents dispositifs à lui proposer : hôtels, hébergement d’urgence via le 115. Nous travaillons également en étroite collaboration avec  « Solidarités femmes ». Cette association dispose de logements pour accueillir les victimes et leurs enfants. Une équipe pluridisciplinaire composée de travailleurs sociaux et psychologues va prendre en charge les victimes pour les accompagner sur le long terme et les aider à se reconstruire. »

Quel est le second profil des femmes que vous accompagnez ?

Christine : « Il s’agit de femmes qui ne sont pas encore prêtes à quitter le domicile conjugal. Les raisons sont variées : une trop forte emprise psychologique du conjoint, le manque de ressources financières, la peur de rompre le lien père-enfant(s). Notre mission est d’évaluer et d’accompagner les familles. Dans certaines situations, nous sommes amenées à rédiger une information préoccupante au Service départemental de recueil de l’information préoccupante (SDRIP). Ce service du Département va alors faire remonter toutes les informations aux autorités judiciaires pour protéger les enfants. »

Nicole : « Dans ce type de situation, nous amenons les victimes de violences à prendre conscience que cette violence, même si elle ne touche pas directement les enfants, les impacte. La protection et la prévention de l’enfance en danger constituent des priorités. »

À quels types de violences sont-elles confrontées ?

Nicole : « Elles sont multiples et de natures différentes. Elles peuvent être physiques, sexuelles, psychologiques ou même économiques. Elles touchent toutes les catégories sociales sans distinction et tous les âges. »

Vous arrive-t-il de détecter de la violence en rencontrant des usagers sur des problématiques d’ordre générale (problème de logement, de ressources financières, de perte d’autonomie) ?

Christine : « Il arrive parfois que des entretiens laissent entrevoir des situations de violence conjugale. Dans ce cas, nous allons évoquer  ce que nous avons repéré. Après une écoute attentive, nous ferons des propositions d’accompagnement. »

Comment vous situez-vous dans ce processus de recueil de la parole ?

Christine : « Chaque situation est unique. Lorsqu’une victime vient nous parler,  nous faisons preuve  d’empathie et d’écoute afin de créer un climat de confiance. »

Nicole : « Les situations de violence ne sont pas toujours faciles à appréhender. Pour que notre  évaluation et notre accompagnement soit les plus adaptés et qu’ils répondent à la globalité de la situation, nous avons des temps de concertation avec  l’encadrement  et les autres professionnels du CMS. » 

Est-il aujourd’hui facile pour une femme de dénoncer les violences dont elle est victime ?

Christine : « C’est un sujet qui reste encore compliqué à aborder aujourd’hui car les victimes éprouvent un sentiment de honte voire même de culpabilité. Elles ont parfois l’impression d’être fautives. Il faut beaucoup  de courage pour franchir la porte  d’un CMS et évoquer cette violence. »

Nicole : « Mais des solutions existent, que ce soit au sein des centres médico-sociaux ou avec l’ensemble de nos partenaires. Et tous les professionnels du Département sont mobilisés sur ce sujet et prêts à écouter et accompagner les victimes. »

Les principaux chiffres des violences contre les femmes en France :

  • 123 femmes tuées en France, soit un décès tous les trois jours
  • 225 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont, au cours d’une année,  victimes de violences physique et/ou sexuelles :
  • 3 femmes victimes sur 4 déclarent avoir subi des faits répétés
  • 8 femmes victimes sur 10 déclarent avoir également été soumises à des atteintes psychologiques ou des agressions verbales
  • En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de viols et de tentatives de viol est estimé à 84 000 femmes.
  • Toutes les 7 minutes, une femme subit un viol ou une tentative de viol
  • 27 728 faits de violences sexuelles ont été recensés dans les sept premiers mois de 2018. Contre 22 533 au cours de la même période en 2017. Soit une augmentation de 23%.
  • Les coups et blessures volontaires progressent de 7,5%, passant de 129.000 cas, relevés en septembre 2017, à 139.000. Les femmes sont les premières victimes de ces formes de violence, qui ont souvent lieu au sein de la sphère familiale. Elles représentent 6.000 cas sur les 8.000 nouveaux faits enregistrés.
  • 25 % des femmes âgées de 20 à 69 ans déclare avoir subi au moins une forme de violence dans l’espace public au cours des 12 derniers mois (soit environ 5 millions de femmes victimes chaque année)
  • 143 000 enfants vivent dans des ménages où des femmes adultes sont victimes de violences conjugales, physiques et / ou sexuelles.
  • 75% des personnes âgées victimes de violence sont des femmes