RETRAITE PAR RÉPARTITION OU PAR CAPITALISATION ?

Pour répondre à cette importante question, Danièle KARNIEWICZ, Présidente de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (C.N.A.V.) a accordé un entretien aux rédacteurs de « AU FIL DES AGES ».

AU FIL DES AGES - Mme KARNIEWICZ, quelle différence faites-vous entre retraites par répartition et retraite par capitalisation ?

D.K. : Ces 2 systèmes de retraite ont une base commune : dans les 2 cas, ce sont les actifs qui paient pour le financement des retraites, sous forme de prélèvement sur les richesses produites par le travail. Dans le système par répartition, les actifs financent à l’instant « t », par leurs cotisations, les pensions perçues au même moment par les retraités. Ce système, créé après la guerre, s’appuie sur la solidarité entre générations, et, grâce à ce système, les retraités ont échappé progressivement à la pauvreté. À contrario, la capitalisation est un système plus individualisé dans lequel chacun épargne des sommes prélevées sur ses revenus, sommes qui lui seront restituées plus tard, au moment de la retraite sous forme de rente. La capitalisation s’adresse à des acteurs économiques dits « responsables ». Dans ce système, les salariés sont supposés être en mesure de prendre les décisions éclairées pour choisir les produits financiers sur lesquels ils vont épargner pour préparer leur retraite. C’est une lourde erreur trop souvent démontrée dans les Pays qui ont adopté ce système. Chacune de ces techniques correspond à des orientations de politique sociale très différentes.


A.F.D.A. - Pourquoi revenir sur le système par répartition ?

D.K. : Depuis de nombreuses années, les tenants du libéralisme s’ingénient à porter le doute sur l’avenir des retraites par répartition. On laisse entendre aux jeunes générations que ce système ne pourra pas faire face à l’évolution démographique et qu’elles ne percevront qu’une faible retraite, voire aucune retraite. Et par miracle, le système par capitalisation leur assurerait une retraite proportionnelle à leur épargne, et cela sans risque.

A.F.D.A. -Mais l’évolution démographique ne va-telle pas mettre en cause la répartition ?

D.K. : Il est clair que d’ici à 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans va doubler et qu’il faudra impérativement trouver d’autres sources de financement. Mais attention : le facteur déterminant pour assurer les ressources nécessaires, ce n’est pas le nombre d’actifs en âge de travailler par rapport au nombre de retraités, c’est le nombre d’actifs cotisants, donc
occupant un emploi. Le taux d’emploi est l’élément déterminant de l’équilibre des régimes de retraite et les faiblesses liées au système économique sont abusivement imputées à la retraite par répartition.

A.F.D.A. - Alors, qui oriente l’opinion publique vers les systèmes financiers d’épargne retraite plutôt que vers la consolidation de la répartition ?

D.K. : Il y a 3 réponses à cette question. Tout d’abord, ceux qui prônent un marché vertueux, infaillible, et qui combattent
l’ingérence de l’État. Les mêmes d’ailleurs qui réclament l’intervention de l’État en cas de crise majeur comme c’est le cas actuellement. C’est aussi le monde des affaires qui est tout sauf neutre puisque directement intéressé par les profits potentiels liés à la commercialisation des produits de retraite et de placement. Enfin ce sont les décideurs politiques, pour lesquels il est plus simple de différer des décisions difficiles à assumer électoralement en matière de retraite et de reporter sur les individus eux-mêmes les choix douloureux. Naturellement, nos élus nous assurent régulièrement de leur ferme intention de pérenniser notre précieux système par répartition, mais en ont ils réellement la volonté ? Selon eux, la situation de l’économie et l’évolution démographique impliqueraient des efforts financiers trop lourds pour équilibrer les finances des régimes de retraite. Mais il est faux de dire que les individus gèreront mieux leur retraite. Et chacun voit bien aujourd’hui que les marchés financiers présentent d’importants risques pour les épargnants.

A.F.D.A. - Mais alors, quelles solutions pour sauver la répartition ?

D.K. : Il existe 3 paramètres susceptibles d’équilibrer les régimes de retraite : Tout d’abord le niveau des pensions, levier trop souvent activé lors des différentes réformes du passé. Le second paramètre consiste à augmenter les prélèvements, taux de cotisation ou élargissement de l’assiette au-delà de la base salariale. En fin le dernier levier très sensible dans l’opinion publique est celui de la durée des cotisations ou de l’âge de départ en retraite. Je fais partie de ceux qui considèrent qu’un effort est nécessaire sur ces 2 derniers points, mais je reconnais qu’il est difficile de défendre l’allongement de la durée d’activité dans un contexte où le taux d’emploi des seniors est si problématique.


Propos recueillis par Norbert DUQUET et Christian DEMOUGE