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Comment le plateau d’Amancey a lutté contre la désertification

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Le contexte

Constitué de petites communes, l’ancien canton d’Amancey a réussi à inverser une courbe démographique négative, en particulier l’ex-chef-lieu qui est passé de 535 habitants en 2000 à 700 aujourd’hui. Pour lutter contre la désertification, la commune et l’ancienne communauté de communes ont actionné conjointement trois leviers : emploi, habitat, services.
« Quand on est petit, on est bien obligé de s’associer pour progresser dans l’intérêt de la population », estime Philippe Maréchal, maire d’Amancey depuis 2001 et dernier président de la communauté de communes du plateau d'Amancey (2014-2016). « C’est toute une équipe d’élus ‒ d’opinions politiques différentes ‒ qui a mené des projets en bonne intelligence. Aujourd’hui, la population témoigne qu’il fait bon vivre sur le plateau d’Amancey ! »

Photo prise à l’extérieur de la maison des services. Au second plan, on voit un mur du bâtiment beige sur lequel est accrochée une plaque blanche. Il est écrit « Communauté de commune AMANCEY LOUE LISON ● Aire de jeux réservé aux enfants de 1 à 6 ans ». Une barrière se prolonge du mur. Une puéricultrice tient un enfant dans ses bras. Elle se tient du côté gauche de la barrière avec deux autres enfants. Deux femmes se tiennent du côté droit de la barrière.
Maison des services d'Amancey

Les réalisations

Créée vers la fin des années 90, la zone industrielle a connu une extension à partir de 2005. Elle accueille une quinzaine d’entreprises et 300 emplois. C’est le nerf de la guerre avec le centre commercial apparu en 2000. « Celui-ci nous a permis de renouveler une offre commerciale vieillissante, de réunir des commerces indispensables à la vie quotidienne : grande surface alimentaire, boulangerie, etc, souligne Philippe Maréchal. Nous avons profité de la restructuration de notre centre bourg pour créer les liaisons douces qui permettent aux habitants de faire leurs courses à pied, en toute tranquillité. »
Trois vagues de création de lotissements communaux se sont succédé : en 2004/2005 (12 lots), 2008 (8 lots) et 2014/2017 (30 lots), favorisant ainsi une augmentation progressive de la population, parallèlement à la constitution d’équipements publics. A commencer par le périscolaire (100 places) en 2001, la médiathèque intercommunale en 2006, puis, en 2008, la halte-garderie (16 places), … Le groupe scolaire inauguré en 2015 est porté par le Syndicat mixte à vocation unique qui réunit Amancey, Amondans, Bolandoz, Fertans, Malans et Montmahoux. « Le regroupement permet de mieux gérer l’évolution des effectifs », considère Philippe Maréchal. Ce bâtiment à énergie positive a mobilisé 700 m3 de bois issus des forêts locales. Il abrite six classes, 150 élèves, et fait la fierté des élus locaux.
Auparavant, en 2014, une maison de santé a vu le jour sur un terrain communal donné à la communauté de communes, avec l’engagement des deux médecins exerçant à Amancey. Des infirmiers, un podologue-pédicure et un dentiste les ont rejoints, et des spécialistes interviennent ponctuellement : nutritionniste, orthophoniste, psychologue, sage-femme… Une salle de petite chirurgie est disponible pour les interventions d’urgence tandis que le stade sert, au besoin, d’héliport pour le Samu.
Alors que La Poste vient de tirer définitivement son rideau, la Maison des services au public ouvre le sien en 2016 pour prendre le relais avec deux agents intercommunaux. Via des contractualisations, elle assure des services de Pôle Emploi, de la Carsat (Caisse d’assurance retraite et santé), de la CAF (Caisse d’allocations familiales), des Finances publiques. Sur les 800 visites mensuelles enregistrées en moyenne en quelques mois, 80% concernent les services de La Poste. Un poste informatique est à la disposition de la clientèle : l’e-service est une réalité sur le plateau d’Amancey !
Un réseau de chaleur de deux kilomètres, alimenté par une chaufferie à bois déchiqueté, relie tous les bâtiments publics et parapublics ainsi que quelques bâtiments privés.
Dernier équipement en date : la caserne des pompiers opérationnelle depuis le printemps 2017, implantée sur un terrain donné et viabilisé par la commune (coût estimé : 60 000 €). Ses 35 pompiers volontaires interviennent souvent en renfort à Ornans et Pontarlier. « Le Service de secours et d’incendie, c’est le seul service public qui, aujourd’hui encore, investit en milieu rural », fait observer Philippe Maréchal.

Photo prise derrière un bosquet de la Maison de santé d’Amancey. Le bâtiment est blanc avec un toit en tuiles rouges.
Maison de santé d'Amancey

Les montages financiers

Pour attirer de nouvelles activités, la commune et la communauté de communes ont toujours appliqué le même montage : réhabilitation de bâtiments existants, ou construction si nécessaire, bail de location assorti d’une promesse de vente au bout de 10 ans. C’est ainsi que se sont installés une étude notariale, un salon de coiffure, un hôtel-bar-restaurant… « Si les collectivités n’avaient pas pris ce risque initial, tout cela n’existerait pas », assure Philippe Maréchal.
L’État et le Département sont des partenaires réguliers, suivis souvent de la Région et de l’Europe. À titre d’exemple, la création de la Maison de santé, d’un coût de 1,2 million d’euros, a bénéficié d’aides départementales pour un montant de 126 817 €, sachant qu’une subvention de 8 560 € avait été accordée préalablement par le Département, au titre de l’Assistance à maîtrise d’ouvrage, pour aider les élus locaux à bien définir les besoins.

Photo de la caserne des pompiers d’Amancey prise depuis un parking.
Caserne des pompiers d'Amancey

Le point de vue du maire

« Aujourd’hui, la commune présente un budget excédentaire. 80% des emprunts sont apurés ce qui nous donne une capacité d’autofinancement d’environ 100 000€ par an. Mais heureusement que nous avons réalisé tous ces projets car la loi Notre* ne nous le permettrait plus, regrette Philippe Maréchal. Du fait de la fusion de trois communautés de communes au sein d’une seule [Ndlr : Loue-Lison, d’Ornans à Quingey en passant par Amancey], des compétences vont être choisies, d’autres abandonnées et donc transférées aux communes. Pour Amancey, j’ai évalué le coût de charges supplémentaires à plus de 30 000 €. Un exemple ? Gratuit jusqu’à présent, le service d’instruction des permis de construire va devenir payant. Idem pour la gestion comptable que notre communauté de communes assurait pour ses communes. Nous perdons les exonérations fiscales dont nous bénéficions en zone de revitalisation rurale. Autant vous dire que j’ai de grosses inquiétudes pour l’avenir des petites communes et du monde rural ! »

Photo prise à l’intérieur de la maison des services. On voit le maire, Philippe Maréchal, à droite, accompagnée d’une des responsables de la Maison des Services au public. À gauche, une plaque en verre est accrochée au mur. On y retrouve les logos du Carsat, des allocations familiales, des finances publiques, de l’assurance malade et du pôle emploi.
Philippe Maréchal, maire d'Amancey en compagnie d'une des responsables de la Maison des services au public


*Loi Notre : Nouvelle organisation territoriale de la République.